Définir, est-ce hierarchiser?

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Définir, est-ce hierarchiser?

Message par Laurent Cibien le Ven 10 Juil - 10:29

En réaction à un article paru dans Télérama:http://television.telerama.fr/television/la-polemique-autour-de-l-aide-au-documentaire-s-envenime,128839.php
une réflexion, postée sur Facebook par Matthieu Bareyre (je ne connais pas)
Je me permets de réagir à un point qui me semble crucial. J'ai l'impression qu'il y a une confusion qui parasite le débat (peut-être l'aviez-vous déjà abordé plus haut).

Cette confusion est celle que cet article reconduit entre une discussion qui viserait à marquer une hiérarchisation des œuvres en fonction de leur valeur esthétique et un autre type de discussion, qui nous intéresse plus je crois, et qui concerne la mise en place de catégories mentales qui correspondent aux différents genres documentaires. Hiérarchiser les œuvres, c'est, classiquement, le rôle de la critique de cinéma. C'est un temps d'après, celui du jugement esthétique évaluatif : décider quels films sont bons, lesquels sont mauvais, etc.

Mais ce dont il est question ici, c'est d'une distinction de nature, et non de valeur, entre différents usages des images et des sons, différents usages qui correspondent, au fond, à une distinction entre ce qui relève de la création et ce qui relève de la seule reproduction.

Je fais l'hypothèse que cela pourrait se régler par une description des différents procédés et, pour chacun de ces procédés (effet émotionnel visé ; intensions du réalisateur ; montage ; présence ou non de voix off ; pied ou caméra portée, etc), de tout un ensemble de nuances fondamentales. Par exemple, pour le montage, le temps de montage, la présence ou non de récits complexes, etc.

Dans tous les cas, notre difficulté, c'est qu'on ne trouvera jamais une caractéristique dont on pourra se servir comme d'un critère nécessaire et suffisant pour faire le distinguo. C'est la présence d'un ensemble de procédés regardés comme symptômes qui nous permettent de décider s'il s'agit d'un genre plutôt que d'un autre, de recherche artistique plutôt que de reconduction de produits formatés.

Le point sur lequel je voudrais insister, c'est que nous assurerons d'autant mieux notre défense que nous aurons su libérer l'effort de distinction concernant les genres de tout réflexe évaluatif et hiérarchique : la question, c'est de déterminer, face à tel ou tel documentaire, s'il y a œuvre ou produit, s'il y a art ou reproduction : non s'il y a bon art ou mauvais art.

La preuve, c'est qu'il est évidemment tout-à-fait possible de considérer qu'un documentaire appartienne au genre du documentaire de création sans que cela entraîne nécessairement que ce documentaire soit considéré comme un grand ou un bon film. Beaucoup de documentaires de création sont considérés comme mauvais, cela ne les fait pas basculer pour autant dans le champ du reportage.

Contrairement à ce que l'article affirme, il ne s'agit absolument pas de "coter la valeur esthétique des œuvres" mais de distinguer entre art et non-art, entre œuvres d'art et produits.

Il me semble qu'il est grand temps de revendiquer des notions qu'une inutile modestie tend à faire disparaître : les notions d'art, d'œuvres d'art, (que nous n'osons plus revendiquer de peur d'être accusés d'élitisme, par un réflexe naturel et compréhensible d'autocensure) sont les notions que nous devons au contraire mettre en avant, moins dans un souci de hiérarchie mais parce que notre affaire est de parvenir à distinguer différentes formes documentaires.

Laurent Cibien

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Date d'inscription : 01/06/2015

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